Les auteurs de cette contribution ont été engagés dans le monde étudiant associatif, syndical ou politique. À partir de leur expérience militante, ils souhaitent
apporter à travers cette contribution une réflexion sur l’enseignement supérieur, laissant néanmoins de côté la recherche qui mériterait un texte à elle seule.
L’université française traverse aujourd’hui une crise grave. Les étudiants en sont les premiers conscients. À travers deux mouvements sociaux, ils sont descendus dans la rue : contre le CPE en mars 2006 ; en novembre 2007, contre la LRU.
La LRU ne permet en effet pas de réformer l’université. Quelques avancées sont à remarquer comme l’inscription dans la loi d’une troisième mission pour l’université : l’insertion professionnelle. Les étudiants, très concernés, auraient pourtant aimé que des actes suivent… Un an après le vote de la réforme, la droite s’est bien pieu souciée de concrétiser dans les faits cette nouvelle mission.
La gauche ne peut ni rester dans la contestation ni dans la défense du statut quo. Le PS a des valeurs fortes inscrites dans sa déclaration de principe : la démocratie ; la solidarité ; l’internationalisme. Il est de notre devoir de socialistes de faire en sorte que ces valeurs soient aussi celles de l’université.
L’université française traverse aujourd’hui une crise grave. Les étudiants en sont les premiers conscients. À travers deux mouvements sociaux, ils sont descendus dans la rue : contre le CPE en mars 2006 ; en novembre 2007, contre la LRU.
La LRU ne permet en effet pas de réformer l’université. Quelques avancées sont à remarquer comme l’inscription dans la loi d’une troisième mission pour l’université : l’insertion professionnelle. Les étudiants, très concernés, auraient pourtant aimé que des actes suivent… Un an après le vote de la réforme, la droite s’est bien pieu souciée de concrétiser dans les faits cette nouvelle mission.
La gauche ne peut ni rester dans la contestation ni dans la défense du statut quo. Le PS a des valeurs fortes inscrites dans sa déclaration de principe : la démocratie ; la solidarité ; l’internationalisme. Il est de notre devoir de socialistes de faire en sorte que ces valeurs soient aussi celles de l’université.
Quelle autonomie pour l’université ?
L’autonomie des universités est un principe posé dans la loi du 12 novembre 1968 et repris dans la loi « Savary » adoptée en 1984 sous le gouvernement de Pierre Mauroy et qui régit encore actuellement l’enseignement supérieur. Poser le principe de l’autonomie ne veut rien dire en soit. Il faut pour cela lui donner du sens et définir son périmètre.
L’autonomie ne doit pas signifier une remise en cause du caractère national des diplômes. En effet cette qualité permet d’avoir un service public de l’enseignement supérieur unifié et cohérent. L’autonomie ne doit pas non plus être synonyme de désengagement financier de l’Etat. En effet, l’Etat, avec se capacité de mobilisation des fonds, est un acteur incontournable pour un financement de l’enseignement supérieur et de la recherche qui soit à la hauteur des enjeux.
Néanmoins, dans le cadre de l’autonomie, il faut offrir aux universités la possibilité de mobiliser d’autres ressources et d’alors assurer une complémentarité des sources de financement. Le financement des établissements pose, par ailleurs, évidement la question des frais d’inscription. La encore, un barème fixé par l’Etat permet d’assurer l’égalité dans l’accès à l’enseignement supérieur. Ceci est d’autant plus nécessaire que l’accession à l’université doit se faire uniquement sur des considérations académiques. En revanche il est possible de permettre aux établissements, en fonction de leur sociologie propre, d’opter pour des frais d’inscriptions progressifs à l’image de ce que fait l’I.E.P. de Paris.
Au-delà du financement, l’autonomie trouve sa raison d’être dans la considération selon laquelle l’université est un échelon adéquat dans la réalisation et l’exécution du service public de l’enseignement supérieur. Cette autonomie doit surtout permettre aux établissements de mettre en place leur propres processus de gestion en vue d’une meilleure performance déconcentrée. Cette autonomie est aussi nécessaire pour que puissent s’exprimer et se réaliser les bonnes initiatives des enseignants-chercheurs, des chercheurs ou encore des étudiants ; initiatives dont la réalisation peut être alourdie ou incertaine dans le cadre d’une administration trop centralisée.
L’autonomie des universités passe aussi par un dialogue accru avec les syndicats, notamment ceux qui représentent les agents et le personnel non enseignant de l’université. L’université doit aussi agir en concertation avec ces salariés qui sont les garants quotidiens du bon fonctionnement de celle-ci.
Par ailleurs, l’autonomie des universités ne signifie pas un désengagement de l’Etat dans le pilotage du service public de l’enseignement supérieur. Au contraire, ce service public, pour qu’il soit performant et audacieux, exige la complémentarité des acteurs. Il convient en effet d’avoir à côté d’établissements autonomes un Etat assumant le rôle de régulateur et permettant d’avoir une vision nationale de l’organisation du service public de l’enseignement supérieur. Cependant, les régions pourraient être aussi appelées à participer à la gestion des universités.
L’égalité républicaine exige que tous puissent y avoir accès dans la mesure où chacun le désir et le mérite. Chaque bachelier doit pouvoir poursuivre, dans la mesure du possible, un cursus licence dans une université de proximité. Ainsi est-il nécessaire que soient préservées toutes ces universités à taille humaine. D’ailleurs leur maintien est aussi une condition pour préserver le dynamisme d’une région.
Afin de garantir cette proximité du cursus licence, il convient que ces universités de proximité disposent d’un panel complet de formation : lettres, histoire, géographie, sciences sociales, sciences économiques, droit, sciences de la nature… C’est alors que les universités pourront conserver en leur sein la pluridisciplinarité qui leur est chère.
Toutefois, il faut être en mesure de s’interroger lorsqu’un centre universitaire est manifestement en sous effectif. Un éclatement excessif des structures empêche la réalisation d’économies d’échelles à l’heure où les finances publiques sont au plus bas. C’est alors qu’il faut réfléchir sur une répartition de certaines licences entre universités – celles qui attirent le moins d’effectif – et de l’ensemble de la carte des masters. Il s’agit alors que chacune des universités puisse être fer de lance en certains domaines pour lesquels elles proposeront un master aux étudiants.
L’Etat a donc la responsabilité, non pas de dire aux universités dans quels domaines elles doivent se spécialiser, mais d’inciter et d’encourager les initiatives permettant de rassembler les moyens et compétences d’une discipline plus spéciale autour d’une structure ou, encore mieux, quelques structures. En effet, l’émulation dans la recherche suppose que différentes idées puissent s’exprimer. L’objectif premier reste qu’il n’y ait plus de trop petites filières dont la prolifération présente le risque d’une part de ne pas être suffisamment considérées pour survivre et d’autre part d’empêcher de disposer de moyens suffisant pour atteindre et proposer l’excellence.
Cependant, si donc il doit y avoir des filières plus spécialisées et des masters non accessibles dans l’université de proximité, il convient que le service public de l’enseignement supérieur se dote de dispositifs en faveur de la mobilité des étudiants – transports et logements – qui soient efficaces. En effet, la distance ne saurait être une raison empêchant les étudiants de poursuivre telles ou telles études.
L’ensemble du territoire national doit être accessible à tous en considération du principe d’égalité dont il incombe à l’Etat d’en assurer le respect. En assurer le respect ne signifie pas forcement que l’Etat doit lui-même mettre en œuvre ces dispositifs de mobilité. Il le peut, certes, mais à vrai dire au même titre que les universités jouissant d’un fonctionnement autonome et au même titre que les collectivités territoriales. L’Etat intervient au final en tant que régulateur et pour palier aux insuffisances.
L’excellence pour tous : pédagogie et réussite.
L’excellence des universités passe par celle de ses étudiants. Pourtant la situation actuelle n’est guère reluisante : désaffection de nombreux étudiants dès les premières semaines de cours, échec massif au cours du premier cycle, exclusion plus ou moins importante de certains étudiants (salariés, étrangers, handicapés).
Les organisations universitaires de droite ne voient le salut de cette excellence que dans la sélection et le repli élitiste. A gauche, au nom de la démocratisation de l’enseignement supérieur, nous avons trop longtemps ignoré les inadéquations d’un système qui s’est imposé au fil du temps comme une véritable stratégie de l’échec. Loin de se résigner à ce gâchis, nous devons profondément transformer le système actuel en un système de formations performantes. Pour ce faire, deux objectifs sont incontournables : révolutionner la pédagogie et la rendre accessible à tous les étudiants.
Une révolution pédagogique passera d’abord par la remise à plat des méthodes d’enseignement. Si le cours magistral paraît un rituel incontournable, il n’en demeure pas moins qu’il est déserté par les étudiants à cause d’un format inapproprié à leurs besoins. Accompagné d’une politique dynamique et exigeante de recrutement d’attachés de cours, des ateliers où des groupes d’étudiants travailleraient en commun et en concertation avec les professeurs sur un projet en lien avec leur discipline favoriseraient l’appropriation et l’adhésion du savoir par l’étudiant.
De même et de façon plus générale, l’enseignement en groupe restreint paraît plus propice à l’interaction entre étudiants et enseignants. Quant à la question d’une sélection en début de cursus, elle est évidemment caduque dès qu’on examine les importants besoins de l’économie française en diplômés de l’enseignement supérieur. La sélection équivaudrait quelques années plus tard à la pénurie de personnels qualifiés à qui l’on demande toujours davantage de compétences.
Concernant les étudiants salariés, il est urgent d'en finir avec les contrôles terminaux couperets qui font des ravages, la seule disposition autorisée étant la dispense d’assiduité, qui s’apparente à une dispense de pédagogie. Il faut mettre en place un autre type de modalité de contrôle des connaissances, mieux adapté, qui puisse mieux apprécier le niveau de l'étudiant, l’accompagner pédagogiquement et lui permettre une souplesse quant à l’organisation de son temps (les oraux, les dossiers …).
Les établissements doivent se doter d’un véritable service d’accueil pour les étudiants handicapés, capable de répondre à leurs attentes, d’organiser leur accessibilité aux savoirs : une organisation matérielle pour accéder aux cours, des contacts avec le directeur de la composante, les enseignants, les personnels techniques pour prévoir les aménagements nécessaires et une mise en place de l’accompagnement pédagogique l’aide de tuteurs et de moyens techniques
La réussite des étudiants étrangers dans les universités françaises est une richesse fondamentale pour la France et le développement international. Respect, diversité et solidarité sont des valeurs qui nous animent dans l’approche de ce dossier. La délivrance d’un visa étudiant constitue un engagement réciproque que la France doit honorer en accueillant les étudiants étrangers avec respect et dignité. Or une fois le visa « étudiant » délivré par les ambassades françaises, les conditions d’accueil sont telles qu’elles multiplient les risques d’échec pour les étudiants étrangers. Rien ne justifie que cette situation perdure.
Aussi, A l’arrivée en France, l’accueil doit se décliner autour d’un guichet unique proposant des informations et un accompagnement concernant le fonctionnement des universités et des formations, l’accès au logement, l’accès aux stages, le perfectionnement de la langue française, l’environnement régional et culturel, les démarches administratives. La réussite à l’université passe par une adaptation réussie de l’étudiant à son environnement. Il est donc nécessaire de centraliser les dispositions d’information et d’accompagnement des étudiants étrangers.
Pour une véritable justice sociale à l’université.
En 20 ans, la situation sociale des étudiants s’est détériorée ; la pauvreté étudiante s’est développée jusqu’à devenir ostentatoire (présence des restos du cœur dans certaines universités, programme spécifique pour les étudiants par les ONG). Une majorité d’étudiants issus de famille modeste, mais aussi des classes moyennes, est également dans l’impossibilité de subvenir à ses besoins.
Aujourd’hui, le montant des bourses fournies par les CROUS est d’un maximum de 3 753 euros or le coût moyen des études est de 7000 euros par an… Ce n’est plus une découverte : le montant des bourses est aujourd’hui trop faible. Valérie Pécresse a entamé une dangereuse réforme des bourses visant à modifier un certain nombre de critère d’attribution qui va pénaliser les étudiants les plus pauvres. Notamment Comme l’indiquait la Cé en février 2008, « certaines situations ne sont plus prises en compte ou minorées : les enfants à charge, le handicap, le statut étudiant à charge d’un parent isolé et l’éloignement… »
En outre, les bourses ne prennent toujours pas en compte les différences de coût de la vie en fonction des territoires. D’autres incohérences existent. Un étudiant dont la famille a des revenus bruts fiscaux de 9 000 euro obtient une bourse de 3 000 euros par an mais c’est également le même montant en avantage fiscal pour une famille ayant des revenus bruts fiscaux de 90 000 euros par an !! Où est la justice sociale ici ?
Avec la massification de l’enseignement supérieur, la précarité est devenue une réalité aussi bien durant les études qu’après le diplôme. Un nombre toujours plus grand d’étudiants est contraint de travailler pour financer ses études. Selon le rapport Bérail, présenté au CES en novembre 2007, il est estimé à 75% le nombre d’étudiants qui travaillent durant l’année et à 20% ceux qui exercent une activité salariée régulière de plus de 15 heures par semaine !
Le travail étudiant lorsqu’il dépasse les 15 heures par semaine agit comme une double peine sociale. D’une part, à l’université, la prise en compte du salariat étudiant y est absente ou limitée. L’expérience professionnelle est rarement prise en compte par exemple sous forme de validation des compétences en crédits universitaires ECTS. D’autre part, l’étudiant salarié qui travaille en entreprise est souvent un précaire essentiellement recruté aux postes les plus instables et les moins rémunérés. De plus, son niveau de formation et sa carrière sont rarement prises en compte au sein de l’entreprise. Enfin, certaines formations universitaires restent toujours incompatibles avec le salariat étudiant.
Le recours aux prêts, en alternative au salariat, reste quant à lui difficile et très risqué. Les banques ne proposent pas un égal accès aux prêts à tous les étudiants. Ces dernières choisissent leur débiteur en fonction de l’établissement, de la filière et des garanties financières… ! Le remboursement de ces prêts à des taux parfois lamentables aggrave aussi sur le long terme la pauvreté de ceux qui empruntent.
Après le diplôme, l’étudiant est encore confronté à la précarité. Entre ceux qui finissent leurs études sans aucun espoir d’avoir un travail et ceux qui arrivent à s’en sortir du fait de leur passage dans une filière à débouchées, il y aussi tous ceux qui alternent entre petits boulots précaires et stages non rémunérés. En dépit de la mobilisation permanente d’associations comme Génération précaire, Xavier Bertrand refusait aux stagiaires en janvier dernier d’augmenter le niveau de la rémunération des stages, ceux-ci restant donc inférieurs au RMI, soit 380 euros par mois…
Pour finir, sans parler des difficultés quotidiennes qu’ont certains étudiants à se nourrir convenablement, le problème du logement conduit à précariser l’étudiant jusque dans son quotidien le plus intime. Les jeunes sont les premiers à pâtir de cette situation puisque que rien n’existe pour favoriser l’obtention d’un logement alors qu’il existe pourtant, comme le signale l’association Jeudi Noir, environ 2 millions de logements vacants en France et que de très nombreuses communes n’appliquent pas la loi SRU.
Nous avons tendance à réduire le débat autour de la question sociale à l’université à deux visions antagonistes. D’une part, la vision défendue par la droite notamment, qui serait celle d’une université payante réservée aux plus riches où les seuls mécanismes d’aides se résumeraient à des prêts étudiants proposés par des organismes privés. De cette vision d’une université d’élite pour riches, nous n’en voulons pas à gauche et nous devons tout faire pour la combattre. D’autre part, ce sont les idées d’un « salaire étudiant » ou d’une « allocation individuelle d’autonomie ». Mais ces conceptions introduisent un égalitarisme douteux entre les seuls étudiants.
Proposer un salaire étudiant par l’intermédiaire d’une cotisation sociale supplémentaire, c’est indirectement faire payer les salariés pour les études des étudiants car il est clair que l’employeur réduira le salaire de ses employés en fonction du montant d’une charge supplémentaire.
L’allocation, elle, conduit à donner le même montant à tous les étudiants. Dans son principe, elle se présente comme individuelle et individualisée or un étudiant n’a pas de ressources propres par définition, ce qui signifie clairement que tous les étudiants, ceux qui bénéficient d’une aide informelle des parents ayant les moyens comme ceux qui n’ont rien, ont la même aide financière de l’Etat. Ce système aujourd’hui n’est pas souhaitable pour deux raisons :
- le financement par l’impôt national et la TVA de l’allocation d’autonomie pénaliserait les foyers salariés les plus modestes, l’impôt n’étant clairement pas équitable à l’heure actuelle et les produits de premières nécessités, soumis à la TVA, étant les plus consommés par les populations pauvres ;
- en admettant, que le système de solidarité nationale soit parfaitement équitable et qu’il y ait exonération de la TVA sur les produits de premières nécessités, la réduction d’une allocation aux seuls étudiants pose problème et court-circuiterait une proposition d’une bien plus grande importance, celle de l’allocation universelle pour tous les citoyens.
S’il convient d’écarter les propositions du type « allocation d’autonomie » pour les étudiants, il n’est pas inutile en revanche de déporter à un niveau plus global la question de l’allocation en elle-même : un débat, qui ne concerne alors pas l’université, mériterait en effet d’être ouvert sur l’allocation universelle.
Une allocation unique sous conditions de ressources remplaçant toutes les bourses existantes permet en revanche une plus grande lisibilité dans le système d’aide social. L’augmentation des bourses est indispensable. D’autres propositions doivent compléter ce dispositif :
- pondérer les bourses en fonction du territoire ;
- rétablir une véritable justice sociale dans le financement des bourses : la demi part fiscale aujourd’hui plafonnée à 3 000 euros (ce qui revient à aider les plus riches à la même hauteur que les plus pauvres !) doit être plafonnée à 1 500 euros mais la laisser en l’état pour les classes moyennes qui déduiront 300 euros, cela permettrait à l’Etat de faire jusqu’à 500 000 euros d’économie ;
- étendre le RMI aux jeunes salariés (étudiants ou non) de 18 à 25 ans ;
- mettre en place des prêts d’Etat à taux zéro pour les étudiants ; ils seront remboursables une fois l’étudiant diplômé seulement s’il est professionnellement inséré, c’est-à-dire s’il occupe un emploi stable bien rémunéré ;
- introduire des droits de scolarités pour les plus riches dans les universités afin de financer une partie des bourses.
Ces quelques propositions restent bien évidemment liées à l’investissement financier qu’entend faire l’Etat dans l’université. C’est le préalable à toute politique sociale à l’échelle de l’université.
L’insertion professionnelle : le défi majeur de l’université.
Le CPE proposé par la droite en 2006 était une mauvaise réponse à une vraie préoccupation des étudiants : l’insertion professionnelle. En effet, aujourd’hui, l’université française, notamment les filières les moins prestigieuses offrent peu de débouchés sur le monde du travail à ses étudiants. Les étudiants aujourd’hui à la fin de leurs études ont de plus en plus de mal à trouver un emploi.
La LRU introduit parmi les missions de l’université une nouvelle mission : celle de l’insertion professionnelle des étudiants. Si l’insertion professionnelle est aujourd’hui inscrite dans la loi, son application dans les faits est pour le moment absente ou a été réduite à des logiques qui ne sauraient être celles proposées par la gauche. L’adéquationisme utilitariste que résume ce slogan « des études pour un emploi » n’est certainement pas le modèle d’insertion professionnelle que nous défendons.
Au contraire, l’ouverture de l’université au monde du travail doit permettre aux étudiants de reprendre confiance et de voir un avenir non obscurci par la précarité et le chômage. Appliqué dans les faits, l’insertion professionnelle est donc un vrai défi.
Cette troisième mission de l’université doit permettre de construire des passerelles entre les universités et les grandes écoles pour en finir avec un système dual qui perpétue un élitisme passéiste et permettre ainsi à ceux qui n’ont pas les réseaux et les contacts de réussir cette étape essentielle qu’est l’entrée dans la vie active.
C’est pourquoi, il existe des actions simples et concrètes pour réaliser dans les faits l’insertion professionnelle sans que l’université ne devienne une usine à former de salariés sous commande des entreprises. Il faut lier transmission du savoir et contact avec le monde du travail. Les stages rémunérés, l’alternance, l’instauration d’un portefeuille de compétences sont des exemples de ce qui peut faire changer les choses à l’université aujourd’hui.
Quoi qu’il en soit, une insertion professionnelle réussie doit passer également par une réforme globale de l’orientation. Aujourd’hui, encore trop d’étudiants sont laissés seuls dans le choix de leurs études et payent ensuite le prix fort lorsque leur choix ne s’est finalement pas avéré le meilleur du fait d’un manque d’information.
Les universités françaises face à la mondialisation : comment concilier compétitivité et solidarité ?
La construction européenne a connu de récents déboires et souffre aujourd’hui d’une vaste remise en question. À côté d’une Europe sociale et politique encore absente dans les faits, il existe pourtant une Europe de la mobilité étudiante qui fonctionne.
Crée en 1987, le programme Erasmus a remporté un succès très rapide dans toute l’Europe. Le principe du programme est très simple et peu rigide car il repose sur des accords d’échanges entre universités partenaires. Cela permet de valoriser l’université au plan international et de faire connaître les réussites en matière de recherche de l’université quand il s’agit des doctorants. C’est aussi un excellent vecteur de partage d’idées : des étudiants découvrant des façons de faire, de travailler et d’étudier diverses qu’ils peuvent ensuite rapporter dans leur université d’origine. La mutualisation européenne des idées et des expériences est donc essentielle.
Avec la réforme LMD qui a offert un cadre européen pour les études, il est encore plus facile pour les étudiants de valider leurs enseignements, le système universel de validation de crédits ECTS permet une reconnaissance européennes des savoirs et des compétences.
Mais au-delà du plan strictement universitaire, le programme Erasmus est un extraordinaire vecteur de construction d’une identité européenne. Les étudiants en échange découvrent des vies différentes avec des personnes qui ont vécu dans des contextes différents. Cette ouverture à l’autre devient dès lors un impératif pour l’étudiant qui se doit de le remplir pour être socialement intégré. Indiscutablement le programme Erasmus est un générateur incroyable de tolérance.
Dans le contexte de la mondialisation, parler de compétitivité ce n’est pas forcément employer un gros mot mais cela à la condition de définir précisément ce que l’on entend par compétitivité. Par compétitivité, on n’entend pas l’application libérale du principe de « la concurrence » entre les établissements comme le préconise de plus en plus explicitement la droite.
Réduire la compétitivité à cela c’est oublier que la concurrence crée des inégalités et que promouvoir ce type de compétitivité des universités françaises entre elles, puis entre d’autres universités européennes ou étrangères, c’est obligatoirement éliminé les universités les plus faibles.
La compétitivité des universités, nécessaires pour être en phase avec un monde aujourd’hui globalisé, cela veut dire promouvoir l’excellence pour tous – pour tous les étudiants et pour tous les établissements. Cela veut dire porter les universités françaises vers le mieux, en laissant celles qui sont déjà capables d’être des acteurs universitaires d’ampleur internationale agir de manière autonome tout en aidant celles qui rencontrent des difficultés.
L’université n’a pas par essence à être soumises à des logiques purement économiques. Si sa survie dépend effectivement de son ouverture à l’international et de sa capacité à imposer son nom dans le paysage universitaire mondial, elle doit aussi défendre des principes d’universalité et de solidarité. Une université compétitive, c’est une université ouverte à tous : aux acteurs des mouvements sociaux comme aux entreprises ; aux politiques comme aux associatifs ; etc.
La compétitivité de nos universités implique donc que celles-ci puissent attacher leur nom à leurs spécificités (en termes de traditions d’enseignements, de la place accordée à des thématiques spécifiques, d’innovation en matière recherche, de liens avec le monde du travail, etc.). Mais elle implique aussi de faire de la solidarité son corollaire indispensable. Des universités compétitives ce ne sont pas quelques universités qui agissent seules et qui se battent pour la meilleure place mais des universités qui tissent du lien avec d’autres universités, qui coopèrent avec des structures plus modestes et qui refusent donc l’exclusion des établissements considérés comme étant encore au bas de l’échelle. Toutes les universités ont quelque chose à valoriser qui saurait être reconnu au plan international.
Cependant, et cela doit être aux cœurs des préoccupations de la gauche, il faut agir vite pour que le modèle libéral de la compétitivité qui met uniquement les universités en position de concurrence ne triomphe et que ce soit dès lors une dimension uniquement économique de rentabilité de l’université, au plan de la transmission des savoirs et des compétences comme au plan de la recherche, qui soit retenue.
L’autonomie des universités est un principe posé dans la loi du 12 novembre 1968 et repris dans la loi « Savary » adoptée en 1984 sous le gouvernement de Pierre Mauroy et qui régit encore actuellement l’enseignement supérieur. Poser le principe de l’autonomie ne veut rien dire en soit. Il faut pour cela lui donner du sens et définir son périmètre.
L’autonomie ne doit pas signifier une remise en cause du caractère national des diplômes. En effet cette qualité permet d’avoir un service public de l’enseignement supérieur unifié et cohérent. L’autonomie ne doit pas non plus être synonyme de désengagement financier de l’Etat. En effet, l’Etat, avec se capacité de mobilisation des fonds, est un acteur incontournable pour un financement de l’enseignement supérieur et de la recherche qui soit à la hauteur des enjeux.
Néanmoins, dans le cadre de l’autonomie, il faut offrir aux universités la possibilité de mobiliser d’autres ressources et d’alors assurer une complémentarité des sources de financement. Le financement des établissements pose, par ailleurs, évidement la question des frais d’inscription. La encore, un barème fixé par l’Etat permet d’assurer l’égalité dans l’accès à l’enseignement supérieur. Ceci est d’autant plus nécessaire que l’accession à l’université doit se faire uniquement sur des considérations académiques. En revanche il est possible de permettre aux établissements, en fonction de leur sociologie propre, d’opter pour des frais d’inscriptions progressifs à l’image de ce que fait l’I.E.P. de Paris.
Au-delà du financement, l’autonomie trouve sa raison d’être dans la considération selon laquelle l’université est un échelon adéquat dans la réalisation et l’exécution du service public de l’enseignement supérieur. Cette autonomie doit surtout permettre aux établissements de mettre en place leur propres processus de gestion en vue d’une meilleure performance déconcentrée. Cette autonomie est aussi nécessaire pour que puissent s’exprimer et se réaliser les bonnes initiatives des enseignants-chercheurs, des chercheurs ou encore des étudiants ; initiatives dont la réalisation peut être alourdie ou incertaine dans le cadre d’une administration trop centralisée.
L’autonomie des universités passe aussi par un dialogue accru avec les syndicats, notamment ceux qui représentent les agents et le personnel non enseignant de l’université. L’université doit aussi agir en concertation avec ces salariés qui sont les garants quotidiens du bon fonctionnement de celle-ci.
Par ailleurs, l’autonomie des universités ne signifie pas un désengagement de l’Etat dans le pilotage du service public de l’enseignement supérieur. Au contraire, ce service public, pour qu’il soit performant et audacieux, exige la complémentarité des acteurs. Il convient en effet d’avoir à côté d’établissements autonomes un Etat assumant le rôle de régulateur et permettant d’avoir une vision nationale de l’organisation du service public de l’enseignement supérieur. Cependant, les régions pourraient être aussi appelées à participer à la gestion des universités.
L’égalité républicaine exige que tous puissent y avoir accès dans la mesure où chacun le désir et le mérite. Chaque bachelier doit pouvoir poursuivre, dans la mesure du possible, un cursus licence dans une université de proximité. Ainsi est-il nécessaire que soient préservées toutes ces universités à taille humaine. D’ailleurs leur maintien est aussi une condition pour préserver le dynamisme d’une région.
Afin de garantir cette proximité du cursus licence, il convient que ces universités de proximité disposent d’un panel complet de formation : lettres, histoire, géographie, sciences sociales, sciences économiques, droit, sciences de la nature… C’est alors que les universités pourront conserver en leur sein la pluridisciplinarité qui leur est chère.
Toutefois, il faut être en mesure de s’interroger lorsqu’un centre universitaire est manifestement en sous effectif. Un éclatement excessif des structures empêche la réalisation d’économies d’échelles à l’heure où les finances publiques sont au plus bas. C’est alors qu’il faut réfléchir sur une répartition de certaines licences entre universités – celles qui attirent le moins d’effectif – et de l’ensemble de la carte des masters. Il s’agit alors que chacune des universités puisse être fer de lance en certains domaines pour lesquels elles proposeront un master aux étudiants.
L’Etat a donc la responsabilité, non pas de dire aux universités dans quels domaines elles doivent se spécialiser, mais d’inciter et d’encourager les initiatives permettant de rassembler les moyens et compétences d’une discipline plus spéciale autour d’une structure ou, encore mieux, quelques structures. En effet, l’émulation dans la recherche suppose que différentes idées puissent s’exprimer. L’objectif premier reste qu’il n’y ait plus de trop petites filières dont la prolifération présente le risque d’une part de ne pas être suffisamment considérées pour survivre et d’autre part d’empêcher de disposer de moyens suffisant pour atteindre et proposer l’excellence.
Cependant, si donc il doit y avoir des filières plus spécialisées et des masters non accessibles dans l’université de proximité, il convient que le service public de l’enseignement supérieur se dote de dispositifs en faveur de la mobilité des étudiants – transports et logements – qui soient efficaces. En effet, la distance ne saurait être une raison empêchant les étudiants de poursuivre telles ou telles études.
L’ensemble du territoire national doit être accessible à tous en considération du principe d’égalité dont il incombe à l’Etat d’en assurer le respect. En assurer le respect ne signifie pas forcement que l’Etat doit lui-même mettre en œuvre ces dispositifs de mobilité. Il le peut, certes, mais à vrai dire au même titre que les universités jouissant d’un fonctionnement autonome et au même titre que les collectivités territoriales. L’Etat intervient au final en tant que régulateur et pour palier aux insuffisances.
L’excellence pour tous : pédagogie et réussite.
L’excellence des universités passe par celle de ses étudiants. Pourtant la situation actuelle n’est guère reluisante : désaffection de nombreux étudiants dès les premières semaines de cours, échec massif au cours du premier cycle, exclusion plus ou moins importante de certains étudiants (salariés, étrangers, handicapés).
Les organisations universitaires de droite ne voient le salut de cette excellence que dans la sélection et le repli élitiste. A gauche, au nom de la démocratisation de l’enseignement supérieur, nous avons trop longtemps ignoré les inadéquations d’un système qui s’est imposé au fil du temps comme une véritable stratégie de l’échec. Loin de se résigner à ce gâchis, nous devons profondément transformer le système actuel en un système de formations performantes. Pour ce faire, deux objectifs sont incontournables : révolutionner la pédagogie et la rendre accessible à tous les étudiants.
Une révolution pédagogique passera d’abord par la remise à plat des méthodes d’enseignement. Si le cours magistral paraît un rituel incontournable, il n’en demeure pas moins qu’il est déserté par les étudiants à cause d’un format inapproprié à leurs besoins. Accompagné d’une politique dynamique et exigeante de recrutement d’attachés de cours, des ateliers où des groupes d’étudiants travailleraient en commun et en concertation avec les professeurs sur un projet en lien avec leur discipline favoriseraient l’appropriation et l’adhésion du savoir par l’étudiant.
De même et de façon plus générale, l’enseignement en groupe restreint paraît plus propice à l’interaction entre étudiants et enseignants. Quant à la question d’une sélection en début de cursus, elle est évidemment caduque dès qu’on examine les importants besoins de l’économie française en diplômés de l’enseignement supérieur. La sélection équivaudrait quelques années plus tard à la pénurie de personnels qualifiés à qui l’on demande toujours davantage de compétences.
Concernant les étudiants salariés, il est urgent d'en finir avec les contrôles terminaux couperets qui font des ravages, la seule disposition autorisée étant la dispense d’assiduité, qui s’apparente à une dispense de pédagogie. Il faut mettre en place un autre type de modalité de contrôle des connaissances, mieux adapté, qui puisse mieux apprécier le niveau de l'étudiant, l’accompagner pédagogiquement et lui permettre une souplesse quant à l’organisation de son temps (les oraux, les dossiers …).
Les établissements doivent se doter d’un véritable service d’accueil pour les étudiants handicapés, capable de répondre à leurs attentes, d’organiser leur accessibilité aux savoirs : une organisation matérielle pour accéder aux cours, des contacts avec le directeur de la composante, les enseignants, les personnels techniques pour prévoir les aménagements nécessaires et une mise en place de l’accompagnement pédagogique l’aide de tuteurs et de moyens techniques
La réussite des étudiants étrangers dans les universités françaises est une richesse fondamentale pour la France et le développement international. Respect, diversité et solidarité sont des valeurs qui nous animent dans l’approche de ce dossier. La délivrance d’un visa étudiant constitue un engagement réciproque que la France doit honorer en accueillant les étudiants étrangers avec respect et dignité. Or une fois le visa « étudiant » délivré par les ambassades françaises, les conditions d’accueil sont telles qu’elles multiplient les risques d’échec pour les étudiants étrangers. Rien ne justifie que cette situation perdure.
Aussi, A l’arrivée en France, l’accueil doit se décliner autour d’un guichet unique proposant des informations et un accompagnement concernant le fonctionnement des universités et des formations, l’accès au logement, l’accès aux stages, le perfectionnement de la langue française, l’environnement régional et culturel, les démarches administratives. La réussite à l’université passe par une adaptation réussie de l’étudiant à son environnement. Il est donc nécessaire de centraliser les dispositions d’information et d’accompagnement des étudiants étrangers.
Pour une véritable justice sociale à l’université.
En 20 ans, la situation sociale des étudiants s’est détériorée ; la pauvreté étudiante s’est développée jusqu’à devenir ostentatoire (présence des restos du cœur dans certaines universités, programme spécifique pour les étudiants par les ONG). Une majorité d’étudiants issus de famille modeste, mais aussi des classes moyennes, est également dans l’impossibilité de subvenir à ses besoins.
Aujourd’hui, le montant des bourses fournies par les CROUS est d’un maximum de 3 753 euros or le coût moyen des études est de 7000 euros par an… Ce n’est plus une découverte : le montant des bourses est aujourd’hui trop faible. Valérie Pécresse a entamé une dangereuse réforme des bourses visant à modifier un certain nombre de critère d’attribution qui va pénaliser les étudiants les plus pauvres. Notamment Comme l’indiquait la Cé en février 2008, « certaines situations ne sont plus prises en compte ou minorées : les enfants à charge, le handicap, le statut étudiant à charge d’un parent isolé et l’éloignement… »
En outre, les bourses ne prennent toujours pas en compte les différences de coût de la vie en fonction des territoires. D’autres incohérences existent. Un étudiant dont la famille a des revenus bruts fiscaux de 9 000 euro obtient une bourse de 3 000 euros par an mais c’est également le même montant en avantage fiscal pour une famille ayant des revenus bruts fiscaux de 90 000 euros par an !! Où est la justice sociale ici ?
Avec la massification de l’enseignement supérieur, la précarité est devenue une réalité aussi bien durant les études qu’après le diplôme. Un nombre toujours plus grand d’étudiants est contraint de travailler pour financer ses études. Selon le rapport Bérail, présenté au CES en novembre 2007, il est estimé à 75% le nombre d’étudiants qui travaillent durant l’année et à 20% ceux qui exercent une activité salariée régulière de plus de 15 heures par semaine !
Le travail étudiant lorsqu’il dépasse les 15 heures par semaine agit comme une double peine sociale. D’une part, à l’université, la prise en compte du salariat étudiant y est absente ou limitée. L’expérience professionnelle est rarement prise en compte par exemple sous forme de validation des compétences en crédits universitaires ECTS. D’autre part, l’étudiant salarié qui travaille en entreprise est souvent un précaire essentiellement recruté aux postes les plus instables et les moins rémunérés. De plus, son niveau de formation et sa carrière sont rarement prises en compte au sein de l’entreprise. Enfin, certaines formations universitaires restent toujours incompatibles avec le salariat étudiant.
Le recours aux prêts, en alternative au salariat, reste quant à lui difficile et très risqué. Les banques ne proposent pas un égal accès aux prêts à tous les étudiants. Ces dernières choisissent leur débiteur en fonction de l’établissement, de la filière et des garanties financières… ! Le remboursement de ces prêts à des taux parfois lamentables aggrave aussi sur le long terme la pauvreté de ceux qui empruntent.
Après le diplôme, l’étudiant est encore confronté à la précarité. Entre ceux qui finissent leurs études sans aucun espoir d’avoir un travail et ceux qui arrivent à s’en sortir du fait de leur passage dans une filière à débouchées, il y aussi tous ceux qui alternent entre petits boulots précaires et stages non rémunérés. En dépit de la mobilisation permanente d’associations comme Génération précaire, Xavier Bertrand refusait aux stagiaires en janvier dernier d’augmenter le niveau de la rémunération des stages, ceux-ci restant donc inférieurs au RMI, soit 380 euros par mois…
Pour finir, sans parler des difficultés quotidiennes qu’ont certains étudiants à se nourrir convenablement, le problème du logement conduit à précariser l’étudiant jusque dans son quotidien le plus intime. Les jeunes sont les premiers à pâtir de cette situation puisque que rien n’existe pour favoriser l’obtention d’un logement alors qu’il existe pourtant, comme le signale l’association Jeudi Noir, environ 2 millions de logements vacants en France et que de très nombreuses communes n’appliquent pas la loi SRU.
Nous avons tendance à réduire le débat autour de la question sociale à l’université à deux visions antagonistes. D’une part, la vision défendue par la droite notamment, qui serait celle d’une université payante réservée aux plus riches où les seuls mécanismes d’aides se résumeraient à des prêts étudiants proposés par des organismes privés. De cette vision d’une université d’élite pour riches, nous n’en voulons pas à gauche et nous devons tout faire pour la combattre. D’autre part, ce sont les idées d’un « salaire étudiant » ou d’une « allocation individuelle d’autonomie ». Mais ces conceptions introduisent un égalitarisme douteux entre les seuls étudiants.
Proposer un salaire étudiant par l’intermédiaire d’une cotisation sociale supplémentaire, c’est indirectement faire payer les salariés pour les études des étudiants car il est clair que l’employeur réduira le salaire de ses employés en fonction du montant d’une charge supplémentaire.
L’allocation, elle, conduit à donner le même montant à tous les étudiants. Dans son principe, elle se présente comme individuelle et individualisée or un étudiant n’a pas de ressources propres par définition, ce qui signifie clairement que tous les étudiants, ceux qui bénéficient d’une aide informelle des parents ayant les moyens comme ceux qui n’ont rien, ont la même aide financière de l’Etat. Ce système aujourd’hui n’est pas souhaitable pour deux raisons :
- le financement par l’impôt national et la TVA de l’allocation d’autonomie pénaliserait les foyers salariés les plus modestes, l’impôt n’étant clairement pas équitable à l’heure actuelle et les produits de premières nécessités, soumis à la TVA, étant les plus consommés par les populations pauvres ;
- en admettant, que le système de solidarité nationale soit parfaitement équitable et qu’il y ait exonération de la TVA sur les produits de premières nécessités, la réduction d’une allocation aux seuls étudiants pose problème et court-circuiterait une proposition d’une bien plus grande importance, celle de l’allocation universelle pour tous les citoyens.
S’il convient d’écarter les propositions du type « allocation d’autonomie » pour les étudiants, il n’est pas inutile en revanche de déporter à un niveau plus global la question de l’allocation en elle-même : un débat, qui ne concerne alors pas l’université, mériterait en effet d’être ouvert sur l’allocation universelle.
Une allocation unique sous conditions de ressources remplaçant toutes les bourses existantes permet en revanche une plus grande lisibilité dans le système d’aide social. L’augmentation des bourses est indispensable. D’autres propositions doivent compléter ce dispositif :
- pondérer les bourses en fonction du territoire ;
- rétablir une véritable justice sociale dans le financement des bourses : la demi part fiscale aujourd’hui plafonnée à 3 000 euros (ce qui revient à aider les plus riches à la même hauteur que les plus pauvres !) doit être plafonnée à 1 500 euros mais la laisser en l’état pour les classes moyennes qui déduiront 300 euros, cela permettrait à l’Etat de faire jusqu’à 500 000 euros d’économie ;
- étendre le RMI aux jeunes salariés (étudiants ou non) de 18 à 25 ans ;
- mettre en place des prêts d’Etat à taux zéro pour les étudiants ; ils seront remboursables une fois l’étudiant diplômé seulement s’il est professionnellement inséré, c’est-à-dire s’il occupe un emploi stable bien rémunéré ;
- introduire des droits de scolarités pour les plus riches dans les universités afin de financer une partie des bourses.
Ces quelques propositions restent bien évidemment liées à l’investissement financier qu’entend faire l’Etat dans l’université. C’est le préalable à toute politique sociale à l’échelle de l’université.
L’insertion professionnelle : le défi majeur de l’université.
Le CPE proposé par la droite en 2006 était une mauvaise réponse à une vraie préoccupation des étudiants : l’insertion professionnelle. En effet, aujourd’hui, l’université française, notamment les filières les moins prestigieuses offrent peu de débouchés sur le monde du travail à ses étudiants. Les étudiants aujourd’hui à la fin de leurs études ont de plus en plus de mal à trouver un emploi.
La LRU introduit parmi les missions de l’université une nouvelle mission : celle de l’insertion professionnelle des étudiants. Si l’insertion professionnelle est aujourd’hui inscrite dans la loi, son application dans les faits est pour le moment absente ou a été réduite à des logiques qui ne sauraient être celles proposées par la gauche. L’adéquationisme utilitariste que résume ce slogan « des études pour un emploi » n’est certainement pas le modèle d’insertion professionnelle que nous défendons.
Au contraire, l’ouverture de l’université au monde du travail doit permettre aux étudiants de reprendre confiance et de voir un avenir non obscurci par la précarité et le chômage. Appliqué dans les faits, l’insertion professionnelle est donc un vrai défi.
Cette troisième mission de l’université doit permettre de construire des passerelles entre les universités et les grandes écoles pour en finir avec un système dual qui perpétue un élitisme passéiste et permettre ainsi à ceux qui n’ont pas les réseaux et les contacts de réussir cette étape essentielle qu’est l’entrée dans la vie active.
C’est pourquoi, il existe des actions simples et concrètes pour réaliser dans les faits l’insertion professionnelle sans que l’université ne devienne une usine à former de salariés sous commande des entreprises. Il faut lier transmission du savoir et contact avec le monde du travail. Les stages rémunérés, l’alternance, l’instauration d’un portefeuille de compétences sont des exemples de ce qui peut faire changer les choses à l’université aujourd’hui.
Quoi qu’il en soit, une insertion professionnelle réussie doit passer également par une réforme globale de l’orientation. Aujourd’hui, encore trop d’étudiants sont laissés seuls dans le choix de leurs études et payent ensuite le prix fort lorsque leur choix ne s’est finalement pas avéré le meilleur du fait d’un manque d’information.
Les universités françaises face à la mondialisation : comment concilier compétitivité et solidarité ?
La construction européenne a connu de récents déboires et souffre aujourd’hui d’une vaste remise en question. À côté d’une Europe sociale et politique encore absente dans les faits, il existe pourtant une Europe de la mobilité étudiante qui fonctionne.
Crée en 1987, le programme Erasmus a remporté un succès très rapide dans toute l’Europe. Le principe du programme est très simple et peu rigide car il repose sur des accords d’échanges entre universités partenaires. Cela permet de valoriser l’université au plan international et de faire connaître les réussites en matière de recherche de l’université quand il s’agit des doctorants. C’est aussi un excellent vecteur de partage d’idées : des étudiants découvrant des façons de faire, de travailler et d’étudier diverses qu’ils peuvent ensuite rapporter dans leur université d’origine. La mutualisation européenne des idées et des expériences est donc essentielle.
Avec la réforme LMD qui a offert un cadre européen pour les études, il est encore plus facile pour les étudiants de valider leurs enseignements, le système universel de validation de crédits ECTS permet une reconnaissance européennes des savoirs et des compétences.
Mais au-delà du plan strictement universitaire, le programme Erasmus est un extraordinaire vecteur de construction d’une identité européenne. Les étudiants en échange découvrent des vies différentes avec des personnes qui ont vécu dans des contextes différents. Cette ouverture à l’autre devient dès lors un impératif pour l’étudiant qui se doit de le remplir pour être socialement intégré. Indiscutablement le programme Erasmus est un générateur incroyable de tolérance.
Dans le contexte de la mondialisation, parler de compétitivité ce n’est pas forcément employer un gros mot mais cela à la condition de définir précisément ce que l’on entend par compétitivité. Par compétitivité, on n’entend pas l’application libérale du principe de « la concurrence » entre les établissements comme le préconise de plus en plus explicitement la droite.
Réduire la compétitivité à cela c’est oublier que la concurrence crée des inégalités et que promouvoir ce type de compétitivité des universités françaises entre elles, puis entre d’autres universités européennes ou étrangères, c’est obligatoirement éliminé les universités les plus faibles.
La compétitivité des universités, nécessaires pour être en phase avec un monde aujourd’hui globalisé, cela veut dire promouvoir l’excellence pour tous – pour tous les étudiants et pour tous les établissements. Cela veut dire porter les universités françaises vers le mieux, en laissant celles qui sont déjà capables d’être des acteurs universitaires d’ampleur internationale agir de manière autonome tout en aidant celles qui rencontrent des difficultés.
L’université n’a pas par essence à être soumises à des logiques purement économiques. Si sa survie dépend effectivement de son ouverture à l’international et de sa capacité à imposer son nom dans le paysage universitaire mondial, elle doit aussi défendre des principes d’universalité et de solidarité. Une université compétitive, c’est une université ouverte à tous : aux acteurs des mouvements sociaux comme aux entreprises ; aux politiques comme aux associatifs ; etc.
La compétitivité de nos universités implique donc que celles-ci puissent attacher leur nom à leurs spécificités (en termes de traditions d’enseignements, de la place accordée à des thématiques spécifiques, d’innovation en matière recherche, de liens avec le monde du travail, etc.). Mais elle implique aussi de faire de la solidarité son corollaire indispensable. Des universités compétitives ce ne sont pas quelques universités qui agissent seules et qui se battent pour la meilleure place mais des universités qui tissent du lien avec d’autres universités, qui coopèrent avec des structures plus modestes et qui refusent donc l’exclusion des établissements considérés comme étant encore au bas de l’échelle. Toutes les universités ont quelque chose à valoriser qui saurait être reconnu au plan international.
Cependant, et cela doit être aux cœurs des préoccupations de la gauche, il faut agir vite pour que le modèle libéral de la compétitivité qui met uniquement les universités en position de concurrence ne triomphe et que ce soit dès lors une dimension uniquement économique de rentabilité de l’université, au plan de la transmission des savoirs et des compétences comme au plan de la recherche, qui soit retenue.
Signataires :
Najat Vallaud Belkacem (membre du Conseil National, adjointe au maire de Lyon)
Barnabé Louche (section de Privas)
Diego Melchior (section de Sciences Po)
Gabriel Schwabe (section de Metz Sud)
Jean-Baptiste Hermann
Fabien Chevalier (section de Paris 14ème - Petit Montrouge)
Romain Blachier (adjoint au maire de Lyon 7ème, secrétaire de section Lyon 7e, membre du secrétariat fédéral du Rhône)
Camille Argiewicz (section de Sciences Po)
Mylène Jacquot (section Massy - 91)
Richard Lioger (adjoint au maire de Metz)
Clara Bamberger (section de Paris 5ème)
Alexis Le Chapelain (section de Sciences Po)
David Cuoq (section de l’Eyrieux)
Mounir Mahjoubi ( section de Paris 15 - convention )
Bastien Talloc (section de sciences Po)
Kader Bouariche (section de Privas)
Alexis Darmois
Simon Jolles (section Maisons-Lafitte)
Guillaume Boisseau
Sélima Saadi( adjoint au maire de Metz)
Nathalie De Oliveira (conseillère municipale de Metz)
Georges Jacquot (section de Metz Nord)
Cyril Cambournac (section de Lisses – 91)
Timothée Murcier (section de Vincennes)
Kevin Puisieux
